#Writever Mars 2025

Le #writever est un jeu d’écriture proposé sur le réseau Mastodon. Chaque mois, une liste thématique de mots est offerte. L’objectif est de publier quotidiennement une micro-fiction (en 280 caractères) dans un registre fantastique, fantasy ou de science-fiction. J’y participe de manière irrégulière et c’est dans cet espace-là que j’ai continuer de développer le personnage de Marjorie et son petit univers.

Je publie ici les textes qui la concerne.

1er mars
– Pourquoi les sorcières sont toujours des femmes ?
– Pas toujours.
– Il peut y avoir des hommes sorciers ?
– Non, des hommes sorcières, cis ou trans. Des personnes non binaire ou agenres sorcières. Il n’y a pas de condition de genre. Cependant, on devient sorcière dans la perte de soi et ses retrouvailles, dans l’oppression et la détestation, dans l’inconditionnel et le refus, dans le trop et le séisme. C’est notre société qui veut que ce soit surtout un truc de nanas.

2 mars 2025

– Marjorie, tes combats sont importants, et tout à ton honneur, mais il s’agit de ne pas générer de déséquilibre, non plus. Tes camarades masculins ont aussi des droits !
– Même Ahmed, Bakari et Sanjay ?
– Bien sûr.
– Et Gabriel.le ?
– Évidement.
– Et le « petit couple » de troisième dont tout le monde parle, là, Samuel et Fenris ?
– Sans doute aucun, je ne comprends pas où tu veux en venir.
– Vous en avez informé la société ?

3 mars 2025

– Bonjour Nadia ! Comment allez-vous ?
– Comme une ménagère de plus de 50 ans, ma drôle. Et toi ?
– Comme une préado sous hormones.
– On fait une belle paire, v’la. Tu te caches ou tu viens me voir ?
– Les 2 ma capitaine !
– T’as fait une connerie ?
– Ça dépend du point de vue.
– Selon lequel c’en est pas une ?
– Celui des femmes passées, présentes et futures ?
– Tu vas encore avoir 1 heure de colle.
– Je peux pas éviter la colle mais le sermon de la CPE, si. J’attends sa pause.

4 mars 2025

– Au fait, Nadia, on va « coller » vendredi soir, vous voulez venir ?
– T’as le droit de faire ça, toi ?
– Légalement, moralement et parentalement ?
– Surtout le dernier, pour les 2 premiers j’ai mon idée.
– Gemma a dit qu’une veille de 8 mars, pour que la ville soit prête pour la manif, je pouvais. C’est pratique d’être plusieurs en balai.
– Vous faites ça au village ?
– Oh non, là-bas, soit on nous soutient soit on n’ose pas nous arrêter, c’est trop facile !

5 mars 2025

– On passe aux questions diverses avant de clore ce conseil d’administration. Parole aux parents d’élèves.
– Merci, Mme la Principale. Nous voulions demander l’installation de miroirs dans les toilettes des élèves.
– Ah, c’est un point qui a déjà été débattu plusieurs fois. Est-ce que vous savez ce qu’il se passe quand une sorcière croise le regard de quelqu’un dans un miroir ?
– Euh, non.
– Voilà. Vous l’ignorez parce qu’on a enlevé les miroirs, et c’est mieux comme ça.

7 mars 2025

– Tiens, là, toi, la sorcière, t’es féministe machin truc, hein ?
– Féministe oui, machin truc, je sais pas.
– Alors on a le droit de dire quoi, maintenant ? Toucher, on peut plus si elle a pas dit oui et signé un papier et tout. Mais même parler on peut pas. Comment on drague ?
– Je ne suis pas spécialiste mais je dirais « en demandant ». Genre « J’ai très envie de te draguer, si consenti. »
– Nan mais ça ressemble à quoi, ça ?
– à du respect de base. Et c’est sexy au diable.

8 mars 2025

– C’est une bonne situation, ça, sorcière ?
– Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des luttes. Lutter contre une société faite pour des gens qui sont nés dans un seul genre. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards nous place d’un côté ou l’autre de la barrière, les hommes cis et généralement het’ d’un côté, les autres personnes de l’autre.

9 mars 2025

– Marjorie, tu peux rester un instant ?
– Euh, oui, m’sieur.
– Je sais que ça ne passe pas entre nous, et que la matière ne t’emballe pas non plus. Mais je voudrais qu’on arrange les choses. Je sors de ma 3e gastro de l’année… Quel sport t’intéresse le plus ?
– Les courses de balais.
– Ah. Tu pratiques ?
– Depuis 4 ans. A la base, j’ai commencé parce que je pensais que pour exploser le plafond de verre, il suffisait de foncer assez vite. Puis j’ai pris goût à la vitesse.

10 mars 2025

– Moi je crois que Marjorie ne fait qu’exploiter la situation à son avantage.
– La situation ?
– L’inégalité, là, dont elle parle tout le temps. C’est vrai que ça existe un petit peu mais elle en profite.
– En profite pour quoi ?
– Pour être elle.
– Marjorie utiliserait le prétexte de la lutte contre les oppressions du système patriarcal pour cacher qu’elle a juste un tempérament affirmé. C’est ça ?
– Voilà !
– C’est tellement masculin comme façon de penser !

12 mars 2025

– Tu étais à la marche de samedi ?
– Bien sûr. On ne t’y a pas vue, d’ailleurs. Ni tes mamans.
– Non, on a eu un souci de dernière minute, on n’est pas venues finalement.
– Quel genre de souci ?
– En chemin, on a croisé un type qui avait la langue un peu trop bien pendue.
– Qu’est-ce qu’il est devenu ?
– Rien d’aussi dégoûtant que ce que June aurait fait. Il a eu de la chance qu’Aelfride soit dans une période capybaras mignons.

16 mars 2025

– Pour terminer ce Conseil de Vie Collégienne, nous allons nous pencher sur les slogans que vous nous avez préparé pendant la semaine égalité filles/garçons. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de demander à quel groupe nous devons les propositions « Avortons le patriarcat » et « Même mon chien comprend quand je dis non », merci à vous. Je note la bonne volonté de « Les mecs à la cuisine et les meufs à l’usine ». L’intention est bonne mais… Comment dire ?

17 mars 2025

– Salut Gemma.
– Oh tiens, salut la maîtresse. En grève ?
– Oui. On a carrément fermé l’école.
– C’est bien, ça. Ça fait envie, parfois.
– C’est sûr qu’en tant qu’indépendante, tu ne peux pas être gréviste.
– Ni en tant que mère, en tant que femme ou en tant que sorcière.
– Ouhla, petit moral !
– Beaucoup de fatigue, ça passera.
– J’ai la solution : viens avec moi à la manif. Je ne connais aucune mauvaise humeur qui résiste à quelques bons slogans scandés en cœur.

20 mars 2025
– Non mais ça c’est encore une nouveauté. Vous en avez entendu parler, vous, de la charge mentale ? À mon époque, ça n’existait pas, ça. On faisait ce qu’on avait à faire et puis voilà. Maintenant, on se cherche des excuses, on leur donne un joli nom et hop. Qui c’est qui a inventé ça, hein, la charge mentale ?
– Le patriarcat, je dirais.

21 mars 2025

– Marjorie, je me demandais… L’histoire de ton village m’intrigue beaucoup. En tant qu’historien de formation, je suis curieux de comprendre comment ce site totalement abandonné a pu renaître grâce à la volonté de quelques femmes.
– Vous romancez, là. Ce village il s’est reconstruit à cause de la haine des sorcières, d’abord, des femmes qui ne tenaient pas une certaine ligne. Et aussi grâce à l’aveuglement du patriarcat face à la capacité d’empouvoirement d’une sororité.

22 mars 2025

– Euh. Marjorie ?
– Tiens, Timeo. Ça faisait un moment. Tu m’évites ?
– La plupart du temps. Je suis lent mais mon réflexe de survie a fini par faire son boulot. Mais bon, là, j’ai un truc à te demander.
– Tu as l’air tellement sérieux, ça m’intrigue.
– Avec les autres, on veut manifester contre le prof de techno. Tu vois qui ? Et on se demandait… Nous on n’y connaît rien, en manifestation…
– Ah bon ? Même pas celles en rose et bleu layette ? J’aurais parié pourtant.

27 mars 2025

Un jour, tu ne luttes plus avec ces voix dans ta tête. Tu ne te contentes plus de les écouter avec une terreur mêlée de mépris. Non, un jour, tu commences à dialoguer avec elles, à échanger, à te confier, à les respecter.
Alors, tu deviens une sorcière.

27 mars 2025

– Pourquoi vous êtes toujours habillées de deuil ?
– On n’est pas habillées de deuil, on est habillées de nuit.
– Ah. Et pourquoi vous êtes habillées de nuit ?
– Tu connais ces heures de la nuit, celles où le rationnel n’est plus complètement naturel, où les émotions sont comme dopées, où les sens sont exacerbés ?
– Oui, je connais.
– Et bien voilà.

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