#Writever Juillet 2024

Le #writever est un jeu d’écriture proposé sur le réseau Mastodon. Chaque mois, une liste thématique de mots est offerte. L’objectif est de publier quotidiennement une micro-fiction (en 280 caractères) dans un registre fantastique, fantasy ou de science-fiction. J’y participe de manière irrégulière et c’est dans cet espace-là que j’ai continuer de développer le personnage de Marjorie et son petit univers.

Je publie ici les textes qui la concerne.


1 juillet 2024

– Alors, les enfants, vous avez réussi à trouver des informations intéressantes pour réaliser votre arbre généalogique ?
– Moi, maîtresse, j’ai appris que mon tonton, il a eu une autre famille avant.
– D’accord… Quelqu’un d’autre ?
– Moi, y a 11 médecins dans la famille !
– Ah oui, ça fait beaucoup ! Quelqu’un d’autre a un métier pratiqué par beaucoup de membres de sa famille ? Oui, Marjorie ?
– Chez moi, ce sont les psys.
– C’est…. surprenant. Et pas du tout à la fois.
– Ouais.

2 juillet 2024

– Finalement, Marjorie, quand on te voit évoluer dans l’école, partager, encourager, participer, on t’imagine plus dans un sport collectif que dans la course solo.
– C’est pas faux. Je gagne grâce à l’Effet Volant.
– Le ?
– Vous, par exemple, chaque jour vous êtes un ange de patience avec nous. Et pourtant, je suis certaine qu’au volant, vous pouvez vous énerver et devenir grossière.
– C’est vrai…
– Et bien moi, sur un balai, y a plus de collectif. Un vrai mec politique de droite.

3 juillet 2024

– Tiens Marjorie, ta pochette de projets, à rapporter chez toi.
– Mmm, ça sent les vacances !
– Et oui.
– Oh j’avais trop aimé ce sujet-là !
– Ton interprétation était intéressante et ta réalisation, très poétique.
– Tenez, je vous le donne. Ça vous fera un souvenir de moi de plus.
– Merci… Je l’aime beaucoup. On entend presque Émeraude dire « Être sorcière, c’est (s’)écrire dans les marges » en le regardant.
– Vous venez boire le thé samedi ?
– Je ne raterais ça pour rien au monde.

4 juillet 2024

– Comment tu vas, ma pipistrelle ?
– Je suis fatiguée, ces jours-ci, Maman.
– C’est ce qui m’a semblé. Tu as une petite mine toute grise. Tu veux en parler ?
– Y a pas grand-chose à dire, tu sais. C’est juste… Tu sais, tout ça, quoi.
– Se construire ?
– Oui, notamment.
– Et bien ma Marjo, j’entends que ça t’épuise. Mais je tiens à te dire que tu fais vachement bien le job.
– Merci, Gemma.
– Tu veux un câlin ?
– Carrément !

5 juillet 2024

– Marjorie, j’ai besoin d’aide.
– Maîtresse ?
– Je dois arbitrer un différend entre élèves mais j’ignore la gravité d’une des insultes.
– D’accord. Un truc de sorcière j’imagine.
– Je suppose. Anisse, la fille de Maîtresse Livie, a traité Nora Garnier de « Gueule de la joie ».
– *pouffe*
– A quel point est-ce grave ?
– Au point « grande section de maternelle », je dirais. C’est un peu comme « tronche de cake ».
– Ah.
– Oui. Maitresse La Joie n’était pas gâtée par la nature.

6 juillet 2024

– Alors, vous êtes prête pour demain ?
– Laisse donc ta maîtresse tranquille, personne n’est prête pour demain.
– Allons, Émeraude. Quand on a des convictions aussi ancrées que les miennes, on est toujours prête à faire ce qu’il faut. Et pour encaisser les résultats, et bien j’ai de l’alcool, du doliprane, et pas besoin de travailler lundi…
– Grand-mère a une tisane très efficace pour les lendemains d’élection.
– Contre la gueule de bois ?
– Contre les fachos. Mais elle est illégale.

7 juillet 2024

– Alors, Marjorie, on boit quoi chez les sorcières ce soir ?
– Tiens, Maîtresse ! On boit le seum des fachos, évidemment. Avec un version sans alcool pour les enfants, je vous rassure.
– Qu’est-ce que tu fais toute seule dehors avec ton verre, alors ?
– La même chose que vous, non ?
– Si tu respires à plein poumons pour profiter du soulagement de ce soir avant de reprendre la lutte quotidienne contre les idées brunes, on fait la même chose.

8 juillet 2024

– Non, non, et non !
– Jean, ce n’est pas à toi de décider, on en a déjà parlé plusieurs fois !
– Mais, Maman !
– Il n’y a pas de mais qui tienne ! Tiens, voilà Marjorie, elle va m’aider. Marjorie, s’il te plait, peux-tu faire entendre raison à Jean s’il te plait ?
– Ah mais attendez, Maîtresse Aelfride, j’arrive au milieu de la dispute, je ne sais pas de quoi il s’agit, mais par principe, je suis solidaire !

9 juillet 2024

– Jean, ça te va, toi, de rester ici tout l’été ?
– Moi, tant que je peux avoir les pieds dans la rivière, tu sais…
– Justement, tiens, tu ne voudrais pas aller les mettre dans la mer, pour changer ?
– De l’eau salée ? Quelle idée.
– Une source de montagne, alors. Ailleurs.
– Tu as envie de voyager, Marjorie.
– Mais oui. Toi, jamais ?
– Je sais pas. Regarde, nos mères ont voyagé et elles sont revenus ici, finalement.
– Ben ça c’est Émeraude, c’est un vrai centre de gravité.

10 juillet 2024

– J’ai une question peut-être idiote, Marjorie.
– Maîtresse ! Ce n’est pas vous qui dites à vos élèves qu’il n’y a pas de question idiote ?
– Oh… Tu as raison ! Alors, je me demandais si vous aviez toujours été sorcières dans ta famille.
– Depuis aussi loin qu’on remonte mais pas toutes les femmes.
– Ah bon ?
– Classique. Une lignée n’est jamais élue à 100%. C’est pour ça que dans certaines familles, on ne les identifie jamais. La sorcellerie, ça se situe dans les interstices.

11 juillet 2024

– D’où tu reviens ma chouquette ? Ah, je ne t’avais pas vue, je suppose que tu viens d’atterrir.
– Exactement. J’ai emmené Un Chat faire un tour.
– Ce chat, je ne sais pas s’il fait honneur à son espèce d’aimer autant voler en balai… Quant à toi, tu es en vacances et on te voit encore moins qu’en période scolaire. Tu ne veux pas partager un peu de temps avec ta vieille grand-mère ?
– Avec ma vieille grand-mère, je ne sais pas. Mais avec toi, quand tu veux, Grand-mère Émeraude.

12 juillet 2024

– Bonjour Marjorie.
– Bonjour Maîtresse !
– Tiens, j’ai trouvé ça en montant depuis la route. Ça vient de chez vous ?
– Ça ? C’était un élément du costume de Gemma pour la Pride.
– Ah, tiens, je ne l’y ai pas croisée.
– C’est signe qu’il y avait beaucoup de monde, c’est bien.
– Ou qu’elle était méconnaissable dans son costume…
– Non, Gemma costumée reste Gemma, elle assume qu’elle est queer. Mais c’est vrai que la Pride, c’est une rare occasion où elle déroge au noir sorcière.

13 juillet 2024

– Alors, qu’est-ce que vous allez faire de vos vacances, Maîtresse ?
– Je vais aller voir des amies, je participe à un mariage mi-août, je voudrais prendre du temps pour peindre et lire aussi. J’ai 8 jours de formation.
– En pleine vacances scolaires ?
– Ah, non, ce n’est pas une formation de l’Education Nationale. C’est un truc perso.
– Vous m’intriguez.
– Je vais garder mon secret, tout de même.
– Vous savez que je vais fouiner jusqu’à trouver.
– Je m’en doute. Bonne chance.

14 juillet 2024

– Tu exerces toujours dans cette petite école qui accueille les enfants de plusieurs communes.
– Oui, je m’y plais.
– C’est où déjà ?
– Un village que personne ne sait situer, à moins d’être né.e ou muté.e là-bas. J’y ai trouvé une place.
– Ta mère trouve que tu portes beaucoup de noir depuis que tu y vis. Ça la préoccupe.
– Il ne faut pas c’est juste… Une coutume locale.
– Comme refuser de situer le village à son interlocutrice ?
– Oh oui, tata, tu n’as pas idée.

15 juillet 2024

– Ta grand-mère est une personne incroyable. Elle sait être présente, à l’écoute, mais aussi comment vous secouer, elle a cette fantaisie permanente mais ses convictions chevillées au corps… Je l’admire.
– Et pas qu’un peu, on dirait…
– C’est vrai. Mais je suppose que je ne connais pas tous ses visages.
– En effet… Vous connaissez l’histoire du joueur de flûte de Hamelin ?
– Avec le sorcier qui noie les rats puis les enfants ?
– Oui, par vengeance.
– Je vois mais… Oh ? OH !

16 juillet 2024

– Alerte ! Un troupeau de sorcières ! Ha ha ha !
– Mais c’est hilarant, ça, Timeo, dit donc.
– Hein ? Qu’est-ce que tu dis, Meeeuhjorie ? Je comprends pas ? Ha ha ha
– Jeune homme, vous apprendrez que quand les sorcières se déplacent en groupe, on parle de flamboyance, comme pour les flamands. Enfin, « on parle »… Quand on a deux sous de jugeote, on ferme plutôt sa bouche et on baisse les yeux.

17 juillet 2024

– Émeraude ?
– Bon sang, Gemma, tu m’as presque fait sursauter. Tu voulais quelque chose ?
– Je cherchais Marjorie.
– Chez Jean.
– Évidemment… Tu mets des plans en terre ?
– Oui, nouvelle Lune, nouveaux plans.
– Ton jardin est splendide…
– Mmm
– J’aurais aimé que tu m’accordes enfant le même soin que tu accordes à tes plantes aujourd’hui.
– Gemma… Je… Tu… Tu es bien plus qu’une plante.
– Oh Maman… Moi aussi, je t’aime.

18 juillet 2024

– Grand-mère, je peux te poser une question ?
– Ben ? Ma chouquette, depuis quand tu prends des précautions avant d’en poser ?
– C’est que… C’est pas de la provoque, hein, mais… A quoi ça sert de voter si après ça se passe comme ça ?
– Je sais pas. Sur le moment, à nous soulager, j’imagine.
– Et après ?
– Après, on se rappelle toutes les raisons qui font que ne peut pas exercer nos pouvoirs sur les personnalités politiques, ma sorcière.
– C’est nul/20…
– J’te le fais pas dire..

19 juillet 2024

– Alors Marjo, ça se passe comment les vacances ?
– Pas mal, Maîtresse Aelfride.
– Vous ne vous ennuyez pas trop, ma fille et toi ?
– Non, non, on s’occupe.
– Tant mieux. Parce que les jeunes qui s’ennuient, ça fait des bêtises. Comme vandaliser le mot « fraternité » sur la façade de la mairie.
– Je vous sens sarcastique.
– Disons que peu de gens connaissent le terme « adelphe ». Et que l’écriture est tremblante. C’est pas facile d’écrire en vol stationnaire de balai, hein ?

20 juillet 2024

– Marjorie ! Je raccroche d’avec le Dr Gehirn.
– Compassion, je sais que tu détestes téléphoner, Grand-mère.
– Il semble qu’il y ait une étrange épidémie d’aphonie au village. 18 personnes. Que des hommes.
– Ah bon ? J’ai rien remarqué.
– Si je vais vérifier mes réserves de bissap et d’écailles de carpe, il manquera des bocaux ?
– Non.
-…
– Pas entiers.
– Nom d’un petit pois, comment t’a-t-on élevée Gemma et moi ? Brouille mieux les pistes, ils sont remontés trop facilement à toi !

21 juillet 2024

– Merci d’être venue Émeraude.
– Ça ira, M. le maire, droit au but.
– Bien. Vous savez que votre communauté a toujours reçu mon soutien. Mais ces jours, les plaintes se multiplient.
– A l’encontre de sorcières en particulier ou de la sorcellerie en générale ?
– De ses effets… Écoutez, je sais que l’été, les ados s’ennuient mais là… Je ne sais plus quoi répondre à mes administrés.
– Qu’il faut que jeunesse se passe.
– C’est un contre sort ?
– Du bon sens populaire, c’est pareil.

22 juillet 2024

– Bonjour Maîtresse.
– Marjorie ? Jean ? Qu’est-ce qui vous emmène ?
– C’est que… On appris que vous aviez été prise à partie par rapport à une ou deux de nos… activités estivales.
– En effet. On m’a reproché de mal vous éduquer.
– On est désolées, on pensait pas que ça pouvait vous retomber dessus.
– Je n’en doute pas. Et puis, j’imagine que ça fait partie du cheminement.
– Du ?
– Tu me dis que je suis une sorcière qui s’ignore. Il faut apprendre à être accusée à tort, non ?

23 juillet 2024

– T’as trouvé quoi ?
– Plaît-il ?
– J’t’ai vu ramasser un truc et là tu souris.
– J’ai trouvé des pièces.
– Bah, 7 centimes, tu souris pour 7 centimes ! Tu peux rien faire avec !
– Je souris parce que je suis 7 centimes plus proche d’une crêpe crème de marron chantilly chez Flo quand j’en aurais envie qu’il y a 10 minutes. Ce n’est pas parce que ce n’est pas grand-chose que ce n’est rien, Timeo. C’est comme les rares choses correctes que tu dis. Ça permet de garder espoir en l’espèce.

Ce petit texte m’est directement inspiré de mon fils aîné qui a mangé une crêpe à la crème de marron au goûter et trouvé, un peu plus tard, 7 centimes par terre. Ça lui a donné le sourire, il m’a dit qu’il était chanceux et je suis émue qu’il se réjouisse de petites choses.

24 juillet 2024

– Gemma, j’ai une question mais je crains d’être indiscrète…
– Posez la toujours, on verra bien. C’est sain, pour une maîtresse, d’être curieuse.
– Ce village compte beaucoup de sorcières, de tous les âges, mais très peu de partenaires de sorcière.
– Ah, ça. Je pourrais vous dire que c’est parce qu’on est très exigeantes ou que le lesbianisme, même politique, a ses limites. Que c’est un principe, voire une loi muette. Mais la vérité, c’est qu’on est chiantes à vivre au quotidien.

26 juillet 2024

– Tu profites bien de tes vacances Marjorie ?
– Oui, Mme Banau.
– Ah, les vacances, tout le temps du monde pour jouer et rêver !
– Vous ne faites ça qu’en vacances, vous, Madame Banau ?
– Plus ou moins. C’est que je n’ai pas trop de temps pour ces choses-là, sinon.
– C’est vrai. Moi non plus. Mais je le prends.
– Tu prends quoi ?
– Ben le temps pour jouer et rêver. Si on cherche bien, il y a toujours d’autres choses qui peuvent attendre, vous savez.

27 juillet 2024

– Maîtresse, on fonde un groupe avec Jean, ça vous dit d’en être ?
– Un groupe ? Mais un groupe de quoi ?
– Un groupe de meufs.
– Mais encore ?
– Ben on se réunit, en non mixité, on boit du thé, avec ou sans supplément, et on vide son sac. Après, s’il y a des idées qui sortent, on voit comment les mettre en œuvre.
– Il y a une différence avec les tea party de ta grand-mère ?
– Pas vraiment. Mais on a déjà une dizaine de membres.
– Bien. Ben comptez moi aussi, pourquoi pas ?

28 juillet 2024

– Ça va, Marjo ?
– J’ai volé pendant un peu plus de 4 heures non-stop, je me sens comme en plein jet lag.
– Ne tire pas trop, tu sais que l’énergie de vol, c’est toi.
– Ne t’inquiète pas pour moi, Jean.
– Écoute, tu t’es posée il y a 10 minutes et ta gravité est toujours décentrée, tu marches comme un cow boy qui veut donner l’impression qu’il a le pied marin. Je pense que ça méritait une remarque, c’est tout.

29 juillet 2024
– On sait c’que vous avez fait !
– Ce qu’on a fait ?
– Jean et toi.
– Ce qu’on a fait ?
– Ouais là les trucs collés partout là
– Timeo, bon sang, mets-y un peu du tien…
– On sait que c’est vous qui avez collé des messages partout sur les murs !
– Ah ! Ça ! Alors vous pensez que c’est nous.
– On va vous dénoncer aux gendarmes.
– 🎶Paroles, paroles et paroles.
– On SAIT !
– Ben non. Sinon vous sauriez que ce sont les copines colleuses d’Emeraude, de passage pour le week-end.

30 juillet 2024

– Bon, Marjo, le maire s’accroche à ma robe chaque fois que je sors. « Votre fille ceci cela », comme si je n’étais pas au courant de vos frasques à Jean et toi. Il m’a mise au pied du mur : tu as un job d’été.
– Quoi ! J’ai même pas l’âge de travailler !
– Quand on a celui de graver « peigne cul » sur le postérieur de la statut du fondateur de la ville, on a celui de bosser ! Puis ça va te plaire, c’est un peu d’arpentage, pour la commune, le maire reconnaît que ça ira plus vite en balai.

31 juillet 2024

– On va faire des équipes auxquelles on donnera des noms de couleur. Quelle couleur de chasuble choisissez-v….
– NOIRE !
– J’aurais dû m’en douter…

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