Début 2025, le thème du Writever ne se prêtait pas vraiment à mon univers.
J’ai publié un seul texte, à partir du mot numéro 1 : realistic.
– Bonjour Maîtresse.
– Bonjour Marjorie ! Tu passais me voir ?
– Oui, j’avais envie de vous présenter mes vœux. Alors, qu’est-ce que je vous souhaite pour 2025 ?
– Hum. Je me méfie avec vous autres, sorcières. Si je souhaite quelque chose de trop réaliste, ça pourrait se produire et vous n’y seriez pas pour rien.
– C’est pas faux. Tiens, je vais vous souhaiter un gouvernement de gauche, comme ça on sera toustes gagnant.e.s
Ensuite, j’ai laissé filé le mois. Mais deux mutues, en manque de « Marjo », m’ont proposé des mots pour en faire des textes.
23 janvier : Méditerranée
– Grand-mère Émeraude, j’ai besoin d’aide pour un devoir.
– Bien sûr. Je t’écoute.
– On doit présenter quelqu’un avec un portrait chinois. J’ai choisi Maman mais je sèche sur « Si j’étais une mer… »
– Elle serait la Méditerranée.
– Parce qu’elle est brune et pulpeuse ?
– Non, parce qu’elle peut sembler fermée au premier abord.
– Je comprends pourquoi elle dit que c’est pas facile d’être ta fille.
– A ton âge, elle m’aurait attribué la Mer Morte, t’sais. Comme un souhait.
24 janvier : Disquette, encrier ou gaufre. J’ai mis les trois !
– Dis, Marjorie.
– Oui, Maîtresse ?
– Tu n’as définitivement pas mieux à faire que de venir me voir à l’école quand tu as des cours annulés ?
– C’est que ça me manque, l’école, votre classe. Je suis nostalgique, c’était le bon temps !
– A t’écouter, on croirait que tu étais mon élève à l’époque des disquettes. Voir des encriers…
– C’est tout comme. Puis je forme la relève.
– Tu as ton fan club, en effet.
– Elles gagnent une gaufre toutes les 5 blagues anti-mascu. Ça marche bien !
Par la suite, j’ai embrayé sur le Writever de février

1er février
– Il ne restait que 8 JOURS, huit, pendant lesquels je t’ai demandé à ne pas être à nouveau convoquée par ta Principale.
– Je suis désolée, Maman, vraiment. Mais des fois, les profs disent de telles absurdités…
– Et en quoi, cette fois, as-tu, je cite le rapport, « fait preuve d’une rare insolence en tenant tête à son enseignant » ?
– Le prof de SVT veut pas entendre que le patriarcat est aussi une catastrophe naturelle susceptible d’éteindre la population mondiale…
2 février
– Question : attaque de zombies, vous avez le droit à deux armes. Jean ?
– Mmmh. Des mâles tears en lance à eau et du seum de sorcière en lance flamme.
– Réponse de sorcière Elémentaire. Et toi, Marjorie ?
– Un cysmec, comme appât, et grand-mère Émeraude.
– Vos deux réponses sont parfaites, dur de départager.
– Et toi, Gemma, tu prendrais quoi ?
– Aucune. Je laisse les gens se faire bouffer et je danse sur les cendres de ce monde. Mais c’est l’angoisse politique du moment qui parle.
3 février
– Bonjour Marjorie. Te revoilà dans mon bureau.
– Oh bah si ça ne tenait qu’à moi, hein… J’ai rien contre vous, notez. Ni contre les psys en général.
– J’ai un message de la CPE qui dit que tu viens creuser ton projet d’orientation.
– Ah oui, l’autre jour, en permanence, elle voulait parler de nos futurs métiers. Elle trouve que je fais de la provoc.
– Tu n’en fais pas ?
– Bien sûr que si mais sa tête quand j’ai sorti « ermite » avec le plus grand sérieux du monde, ça valait le coup.
4 février 2025
– Mada… Euh, Maîtresse. Je vous ai convoquée pour parler de votre fille. Elle est sans concession, passionnée, enflammée, exaltée mais insolente bien qu’intelligente, insultante, provocatrice, accusatrice, castratrice, elle surfe sur les limites, cogite et gravite autour des problèmes.
– Et ? C’est censé être une révélation ?
– Euh, pas… forcément. Mais c’est un problème.
– Pour vous, peut-être.
– Et les garçons qui croisent son chemin.
– Négligeable.
6 février 2025
– Grand-mère Émeraude, tu voudrais pas me raconter une histoire au lit comme quand j’étais petite ?
– Bien sûr ma chouquette. Ta préférée ?
– Oh oui !
– « D’abord, il y a eu la distinction des genres. Puis il y a eu la solitude, celle qui part du fond des viscères jusque dans la poitrine, qui avale tout sur son passage. Et sont arrivées ensemble la sororité et la colère, l’indignation et la réciprocité, l’urgence de vie et la détresse. C’est là que sont nées les sorcières. »
6 février 2025
– Bonjour Gemma !
– Ah, tiens, la maîtresse, ça faisait longtemps.
– C’est vrai, je me suis laissée déborder ces derniers temps. Comment tu vas ?
– Comme le monde…
– Si mal que ça !?
– Oui et en même temps, je passe beaucoup de temps observer Marjorie et Jean le refaire, le monde, et ça me fait du bien à moi aussi. Je suppose que c’est pour ça qu’on fait des enfants. On a beau savoir, on garde l’espoir stupide qu’iels feront mieux que nous, avec des conditions pires au départ.
8 février 2025
– Tu as une petite mine, ma pipistrelle.
– J’ai eu mal au ventre…
– Tu as demandé quelque chose à ta grand-mère ?
– Oui. Ça marche, je n’ai plus mal.
– Alors pourquoi cette mine si grise ?
– Elle a dit que mon corps entre en mutation. Et je ne peux même pas choisir en quoi je me transforme.
– Tu aurais choisi autre chose que féministe hystérique ?
– Bah… Ouais, non, en fait, sans doute pas. Merci Maman, tu m’as remonté le moral.
– A ton service.
8 février 2025
– Pourquoi vous, les sorcières, vous êtes toujours abandonnées ?
– Abandonnées ? Par qui ?
– Par les hommes. Ils s’en vont toujours. Tiens, toi, t’as pas de père, abandonnée. Ben quoi ? Pourquoi tu rigoles ?
– J’imagine la tête de Gemma si tu lui disais que mon daron nous a abandonnées alors que c’est elle qui l’a laissé tout seul attaché à un arbre en forêt pour qu’il la laisse tranquille.
– C’est une métaphore, hein, rassure-moi ?
– P’t’être. On parle de Gemma, t’sais.
9 février 2025
– Vous devez être Nadia, bonjour !
– Oui, c’est ça. Et vous…?
– L’ancienne maîtresse de Marjorie. A l’école, pas une maîtresse sorcière, hein. Elle m’a demandé de vous accueillir, elle ne va pas tarder.
– Alors vous non plus vous n’êtes pas…
– Non ! Non. Je suis là par sympathie avec la cause, on va dire. Et plusieurs de ses représentantes. Et vous ?
– La môme m’a dit qu’on pouvait décider de tout faire exploser. Alors me v’là.
– Je comprends ce qui lui plaît chez vous.
10 février 2025
– Encore un week-end dans la famille à supporter des remarques sur mon horloge biologique… Ça vous est venu quand, vous, Émeraude, l’envie d’enfant ?
– Moi ? J’ai jamais eu l’instinct maternel, Gemma le dit très bien. L’occasion s’est pointée et j’étais curieuse.
– Et Gemma ?
– Oh, elle. Une vraie louve dès la naissance de Marjorie, de tout son être. Mais à la base, sa grossesse, un bébé, même vaguement un mec dans sa vie, c’était surtout par esprit de contradiction.
11 février 2025
– Dis-moi, Marjorie…
– Oui, Nadia ?
– Comment est-ce qu’on devient une sorcière à mon âge ?
– Joyeusement !
– Non, je voulais dire… Concrètement, je fais quoi ?
– Sur le papier, c’est facile mais à faire, c’est coton. Il faut identifier tes mécanismes de survie, ces trucs qu’on met en place pour se protéger ou pour nous aider à supporter. Puis quand tu les as identifié, tu les troques contre la sorcellerie.
– Et paf.
– Ouais. Enfin, plus ou moins. Et tu n’es pas seule.
12 février 2025
– C’est votre 1er remplacement dans notre établissement, n’est-ce pas ?
– Oui, Madame la Principale.
– Je dois attirer votre attention sur le fait qu’une partie de nos élèves, restreinte, mais il faut le savoir, appartient à une communauté qui répond à des codes avec lesquels il faut, disons, savoir composer. Mais vous êtes une femme, ça devrait bien se passer.
– Pardon ?
– Vous avez Marjorie et Jean en 1ere heure. Vous comprendrez. Passer me voir à la récré, tout de même.
13 février 2025
– Au fait, la cheffe nous relance pour le concours d’éloquence. Tu as des idées d’élèves à inscrire dans ta classe ?
– Ben j’ai pensé à Marjorie mais…
– Ah oui, elle serait excellente !
– Tout à fait ! Elle peut tout à fait gagner. Mais cette année, les sélections se font sur des face-à-face. Et j’ai un peu pitié de l’élève qui l’affrontera…
– Mouais…
– Surtout si c’est UN élève.
– Ah. Ça s’entend.
14 février 2025
– Euh, j’ai un gage, je dois venir te poser une question. S’te plaît, m’envoie pas un sort !
– Cette réputation ! T’envoyer chier, ouais, mais un sort, non, trop d’énergie pour quasi rien. C’est quoi, ta question ?
– Comment vous portez le deuil puisque vous êtes toujours du noir ?
– P’t-être qu’on est toujours en deuil.
– Ah, euh, ouais, pas faux. Mais qui est mort ?
– Et bien le prochain qui aura un gage qui implique de m’interrompre pourra aller leur demander directement.
15 février 2025
– Encore un film de fin du monde avec des zombies. Pourquoi on n’a jamais un bon film d’Apocalypse avec des sorcières ?
– Parce qu’avec nous, ça s’appellerait pas l’ »Apocalypse » mais « Le Matriarcat » et ce ne serait pas la fin du monde, plutôt un début.
– C’est pas faux. En plus, c’est le patriarcat qui mange les cerveaux, pas les sorcières.
– Aussi.
16 février
– Marjorie ? Mais qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure !
– Rien de mal, Maîtresse, promis.
– Tu as un sens assez particulier du bien et du mal pour que ta promesse sincère ne vaille pas grand-chose.
– Ouhla, vous êtes remontée !
– Rude journée.
– Et rude nuit, vue l’heure.
– Aussi.
– Si ça peut vous aider, pensez à la nuit du type qui a traité Émeraude et ses amies de vieilles ruines. Je les attends, justement.
– Pour cacher les preuves ?
– Vous nous connaissez si bien.
19 février 2025
– Leur devise est « Faire front ! », sous-entendu « Quoi qu’il advienne ». Ça pourrait presque être la vôtre, Marjorie, tiens.
– Ah non, pas du tout. Pour les sorcières, ce serait plutôt « Faire front quand c’est adapté et autrement le reste du temps ». On n’a rien contre l’idée de se défiler quand on n’a pas les ressources ou juste rien à retirer de s’en prendre plein la tête. Sauf votre respect, je pense qu’on gagne des points de vie à réfléchir moins borné.
19 février 2025
– Salut. J’ai mis des retenus dans ta classe ce matin.
– Laisse-moi deviner : Marjorie ?
– J’ai tiré les binômes au sort. Après 5 minutes, elle vient me voir pour savoir si elle peut travailler seule parce que, je cite « Si on pouvait utiliser le seum de Brayann en cataplasme, on éradiquerait la lèpre dans le monde, mais en attendant, on peut pas bosser ».
– Tu l’as collée pour ça ?
– Ah, non, Brayann : il l’a mal pris et l’a insultée.
– Oh… Encore un qui va avoir la gastro demain.
21 février 2025
– Au fait, tu n’as pas reconduit le projet « journal de bord » cette année.
– Jamais quand j’ai des sorcières dans la classe.
– Ah bon ? Pourquoi ?
– Dans les journaux de bord, les élèves racontent beaucoup leur quotidien. Et je travaille dans ce collège depuis assez longtemps pour savoir qu’il y a des choses que je ne veux pas savoir.
22 février 2025
Le village dans lequel Marjorie a grandi compte une proportion inhabituelle de sorcières dans sa population. Il y a près de deux siècles, une épidémie a frappé les habitants. Le village a été abandonné, est resté longuement inhabité. Il fallait reconstruire. Tout a commencé par un groupe d’amies qui voulaient s’affranchir de certaines règles.
23 février 2025
– Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des choses qui sont dans la nature des hommes et qu’on ne peut pas les changer.
– Et c’est donc dans la nature des femmes d’être soumises à la nature des hommes.
– Pas forcément mais on doit bien faire avec.
– Tu sais, il est dans ma nature de sorcière de faire ravaler à coups de pelle ce genre de conneries à la personne qui les profère. Tu as bien de la chance que je ne sois pas un homme donc capable de résister à mes bas instincts.
24 février 2025
– Tu as un petit air bien satisfait, Grand-mère Émeraude.
– J’ai obtenu ma radiation, ça y est.
– De ?
– La liste de la mairie qui recense les vieux pour leur offrir un panier garni à Noël.
– Ça ne te ressemble pas de refuser de la nourriture gratuite.
– Question de principe. Déjà, qu’on me traite de vieille, même si c’est indirectement, ça me défrise les aisselles. Mais si je célèbre quelque chose en hiver, c’est Yule, pas la naissance d’un mâle quel qu’il soit !
25 février 2025
On a souvent voulu faire des sorcières un personnage sombre et noir lié à la mort et aux mauvais sorts. On a toustes grandit avec la vilaine vieille femme de nos albums d’enfant. Alors que c’est tout l’inverse. On devient sorcière en prenant sa liberté, en renouant des liens ancestraux avec le vivant, en s’ancrant, en trouvant sa place. On devient sorcière en étant affamée de vie.
27 février 2025
Salle des profs
– Tu révises ?
– Je vérifiais les points de regroupement pour l’exercice d’évacuation de tout à l’heure.
– Tu auras quelle classe ?
– La 6e des sorcières.
– Ouh…
– En cas de réel incendie, c’est avec elles que je préférerais être.
– Tu crois ?
– Ben, elles sont les descendantes de celles qui ont échappé aux bûchers. Elles savent ce que c’est que d’échapper aux flammes. *rire*
– Tu sais que ce que cette blague pourrait te coûter devant elles ?
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