#Writever Juin 2024

1er juin 2024
– Ça fait quelques temps qu’on n’a pas vu Jean par ici, non, Marjorie ?
– J’attends qu’elle me présente des excuses !
– C’est intéressant parce que j’ai croisé sa mère ce matin et il lui semblait que c’était elle qui avait cette attente. Vis à vis de toi.
– Bwarf.
– Tu le sais, Marjorie, la sorcellerie, c’est avant tout…
– Du bon sens et des tisanes un peu corsées.
– Exactement. Mais un bon réseau d’amies, ça ne gâche rien.
-…
– Je dis ça…
-…
– A tout à l’heure.

2 juin 2024

– T’façons, Marjorie, c’est que des mensonges vos trucs de sorcière, là.
– Tu peux développer ?
– Ben vous faites croire des trucs imaginaires. C’est du faux : la magie, ça existe pas.
– Ecoute, si ça te rassure de penser ça, Timeo… Mais tu n’as jamais rien vu de magique ?
– Nan, en vrai, nan.
– D’accord. Tu y repenseras la prochaine fois que tu te sentiras apaisé juste parce que ta mère te prend dans ses bras.
– Hein, ma mère c’pas une sorcière !
– Elle non plus, on sait.

3 juin 2024

– J’avoue que je suis surprise par ton adresse en informatique, Marjorie. Je confesse que je me suis laissée avoir par l’imagerie de la sorcière ancestrale sans faire évoluer cette idée.
– Et oui, Maîtresse, il faut vivre avec son temps !
– Du coup, j’avoue que je m’interroge sur la combinaison entre magie et informatique. Par exemple, les hackers seraient-ils en vérité des sorcières ?
– Ah, intéressante, votre question !
– Que tu ne me répondes pas me donne un élément de réponse !

4 juin 2024

– Maîtresse, Grand-mère Émeraude m’a chargée de vous transmettre une invitation à prendre un thé.
– Oh.
– Samedi.
– Excuse-moi, Marjorie… C’est une charmante invitation… Mais je voudrais être sûre se savoir précisément de quoi il s’agit.
– Oui, bien sûr. Il s’agit de boire du thé. Avec des sorcières.
– Hum.
– En discutant, souvent, mais c’est pas obligé.
– Bien.
– Du thé préparé par des sorcières.
– C’est ça qui me préoccupe.
– C’est sain. Je dis quoi ?
– D’accord, sans doute.

5 juin 2024
– M’man, ch’suis là ! Oh, bonjour Monsieur.
– Marjorie ! Monsieur est venu réparer le wi-fi.
– Et tu as croisé son regard dans un miroir par accident ?
– Oh je te vois venir, jeune fille ! Il m’a agacé avec son technosolutionnisme à 2 écus ! La nouvelle génération de box vous sauvera blablabla ! Alors que c’est le petit peuple de sous les meubles qui mange les ondes !
– M’man, défige le, il est tard. Et écoute les revendications du petit peuple si tu veux continuer ta série ce soir.

6 juin 2024

– C’est un de ses fameux paniers du Solstice, Marjorie ?
– Tout à fait Maîtresse. Tradition locale. On y dépose des offrandes toute la nuit sur le pas de la porte pour attirer la bienveillance des esprits de la nouvelle saison.
– Intéressant. Ils sont toujours rouges ?
– Dans ma famille oui. Mes aïeulles étaient réputées pour les tresser avec les entrailles séchées d’hommes sacrifiés à Sabbat. On me trouve souvent radicale aujourd’hui mais pour ça, je n’utilise que du raphia teinté.

7 juin 2024

– Grand-mère Émeraude, quand est-ce qu’on sait qu’on est adulte ?
– Jamais. On peut croire qu’on l’est mais on ne le sait pas.
– Qu’est-ce qu’on sait alors ?
– « On », je ne sais pas. Moi, je sais que je suis grande.
– Et comment tu le sais ?
– A un moment donné, j’ai continué de faire des trucs, de tester, de bidouiller, et on s’est mis à me regarder comme si je savais ce que je faisais.
– Donc on est d’abord adulte dans le regard des autres.
– Quelque chose comme ça, ma chouquette.

8 juin 2024

– Au fait, Marjorie, ta grand tante Gretel arrive samedi, pour quelques semaines.
– Pffffff.
– Marjorie, je t’en prie ! Ce n’est pas comme si on était envahies par la famille, ici ! Puis elle s’installe au manoir, comme d’habitude.
– Non, M’man, c’est pas à cause de tante Gretel… C’est le grand concombre rétrograde qui lui sert de mari que je n’ai pas envie d’avoir sur les bras.
– Ne t’inquiète pas, depuis qu’Emeraude l’a rendu muet 72 heures la dernière fois, il surveille sa langue.

9 juin 2024

– Et bien, Gretel, tu arrives et paf, c’est la débâcle.
– Émeraude ! Je n’ai rien à voir dans tout ça !
– Ah oui ? Tu vas me dire que toi, là, avec ton indécrottable réticule esprit 19e et ton échalas entrepreneur de mari, tu ne votes pas à droite ?
– Mais… Mais… Je… Je ne suis pour rien dans la dissolution ou le score de l’Extrême Droite !
– Les gens comme toi font partie du problème, Gretel. Nos racines souffrent, sœurette.

10 juin 2024

– Bonjour Marjorie.
– Gretel ? Tu es déjà là, il est super tôt.
– J’ai décidé de profiter au maximum de ce temps en famille.
– J’espère que tu ne comptes pas parler à Gemma avant qu’elle ait bu son thé. Après deux grands bols, elle accepte éventuellement d’écouter un peu la radio.

11 juin 2024

– Marjorie, tu sembles préoccupée ces jours-ci.
– C’est à cause de la visite de ma grand tante, Maîtresse.
– Sa présence te pèse ?
– C’est que quand elle est là, les cartes sont redistribuées dans le jeu de rôle familial. Gretel, c’est la sorcière qui remplace la salicorne par de la salsepareille, alors qu’Emeraude est celle qui prétend faire les réserves de sauge, vous voyez ?
– Euh… Je ne suis pas sûre. Mais vivement qu’elle parte.
– Oui. On sait plus où ranger la sauge…

12 juin 2024

– Tu sais, Marjorie, Gugus’ m’a initiée à l’informatique. Une vrai geekette ! Je pourrais passer des heures sur Internet. Je navigue, je surfe.
– C’est bien, ça, Gretel. Tu devrais le faire.
– Faire quoi ?
– Passer des heures sur Internet. Arrêter d’appeler ton mari « Gugus’ » aussi, d’ailleurs.
– C’est passionnant, hein, Internet ?
– Mouais. Puis pendant ce temps, tu serais pas en train de prétendre être jeune alors que moi, je veux juste terminé de régler Berzingue. Dans le silence.

13 juin 2024

– Ma belette, tu sais où est ta grand-mère ?
– Elle se cache de Gretel.
– On en est encore là… Je suppose qu’elle est dans son atelier.
– Ah bon ? C’est le dernier endroit où je l’aurais cherché.
– Comment ça ? Si elle pouvait ne jamais quitter cet endroit, elle le ferait. Elle adore son nid !
– Justement, elle craindrait trop que Gretel vienne désacraliser le lieu en y lui imposant ses bavardages !

14 juin 2024

– Alors, quels sont la principale qualité à avoir et le défaut qu’on peut pardonner à une sorcière ?
– Et bien, la qualité, ce serait de ne pas rechigner à mettre la main à la pâte, être capable de fabriquer soit même l’essentiel des produits et objets dont on peut avoir besoin.
– Et le défaut ?
– La franchise.
– C’est le moment où vous me dites que ma question est stupide pour me démontrer votre franchise, c’est ça.
– Non, vous le savez déjà. En revanche…

15 juin 2024

– Gretel.
– Oui, Émeraude.
– Sœurette.
– Oui, Émeraude.
– J’ai admis depuis de longues années que notre relation ne pouvait perdurer que si je te prenais telle que tu es. Et j’ai accepté de le faire. Je travaille à ne pas te juger, à ne pas essayer de te faire changer. Et tu me connais assez pour savoir combien cela me coûte.
– Oui, Émeraude.
– Et bien, je voulais t’exprimer que tu ne me facilites vraiment pas la tâche.
– C’est la robe de sorcière en résille qui te fais dire ça ?

16 juin 2024

– Jean ?
– Marjo ? Il y a un problème ?
– Oui. Enfin, non, c’est pas un truc grave mais… Tu crois que je pourrais manger chez vous ce soir ?
– Bien sûr ! Mais qu’est-ce qui se passe ? J’ai vu passer Maîtresse Émeraude il y a 10 minutes et elle allait chez Maîtresse Hazel. Et ma mère me disait à l’instant qu’il lui a semblé entendre le balai de ta mère.
– Heu, c’est que… Gretel a voulu nous faire plaisir… Et… elle est en cuisine.
– Nom du Petit Peuple ! Je comprends !

17 juin 2024

– Alors, ça y est, ta grand-tante est partie ?
– Oui, ça y est. On va pouvoir retrouver nos petites habitudes.
– ça signifie qu’on va de nouveau te voir atterrir devant l’école le matin ?
– Sans doute.
– Et recevoir des cookies à la sauge de la part de Maîtresse Émeraude.
– Oui, mais pas tout de suite. Il faut lui laisser le temps de récupérer.
– J’entends bien, on peut se passer de biscuits pendant un mois, j’imagine.
– Un mois ? On parle d’Emeraude. Vous venez boire un thé samedi ?

18 juin 2024

– Bonjour Maîtresse. J’ai un mot de grand-mère Emeraude pour vous.
– Rien de grave ?
– Oh non, c’est juste pour vous prévenir que, comme on manque de bénévoles pour tenir les stands au Festival du Solstice, elle vous y attend à partir de 18 heures.
– Que… ! Mais, Marjorie, j’ai dit plusieurs fois à ta grand-mère que je n’avais pas l’intention de venir. Je ne changerai pas d’avis.
– Bien sûr. Mais elle a l’intention que vous veniez et elle non plus ne changera pas d’avis.

(Je ne sais pas si elle est courageuse ou inconséquente, la Maîtresse, d’essayer de dire non à Émeraude alors qu’elle insiste 🤔)

19 juin 2024


– Maîtresse, je peux ravoir le code du wifi ? Ma tablette s’est déconnectée.
– Tiens, tu dis « le » wifi.
– Oui, Timeo, je dis « une autrice », « le » covid, « le » wifi. Je dis aussi « patriarcaca » et « la jeunesse emmerde le front national », tu sais.
– Je pensais que tu aurais dit « la » pour un truc si génial, c’est tout.
– Ce truc omniprésent, dont on nous oblige à dépendre et dont les caprices de débit ont une telle influence sur nos journées, c’est forcément masculin, Timeo.

20 juin 2024

– Tenez Maîtresse, vous avez oublié ça hier en rentrant du thé.
– Merci Marjorie !
– Maman en a profité pour le laver et le remplir de cerises.
– C’est adorable !
– J’ai pu travailler le vol stationnaire autour du cerisier, c’était un bon exercice.
– Merci ! Et tu remercieras Gemma pour moi, tu veux bien ?
– Bien sûr.
– C’est étonnant, on imagine la sorcière typique comme sombre et solitaire. Et vous êtes si conviviales !
– Question de survie, vous savez. L’indispensable sororité.

21 juin 2024

– Alors, vous avez deviné le métier de notre invitée ?
– Hacker !
– Pas tout à fait Timeo.
– Sorcière.
– Marjorie, toutes les femmes de ce monde ne sont pas des sorcières.
– C’est vous qui le dites.
– Notre invitée n’est pas sorcière. Timeo était plus près : elle est programmeuse !
– C’est pareil !

22 juin 2024

– Tu te sens prête pour le spectacle de samedi Marjorie ?
– Ça va, je connais bien mon texte et la chorégraphie n’est pas trop compliquée.
– Tu as assuré en répétition. On aura le plaisir de voir Gemma et Maîtresse Émeraude, j’imagine.
– Ah, non. Vous savez, Maîtresse, toute famille à ses limites et celles de la mienne commencent précisément là où se tient la kermesse de l’école.

23 juin 2024
– J’ai appris que vous receviez une invitée de marque pour la fête du Solstice.
– Oui, Maîtresse Anthéa est une sorcière apozème réputée. Sa visite est un bonne surprise pour tout le monde.
– C’est une sorte de cheffe chez les sorcières ?
– Ah non, les sorcières sont organisées dans un système décentralisé de foyers et individues, on n’a pas de cheffe.
– Même pas Maîtresse Émeraude ?
– On ne l’écoute pas parce que c’est la cheffe mais parce qu’on a du bon sens, c’est différent.

24 juin 2024

– Je vous rends vos copies des récits de Création que vous deviez inventer. Vous avez fait preuve de beaucoup d’imagination, bravo ! Sarah, bon travail… Iyed, tu as fait des progrès, tes efforts paient ! … Luce, j’ai beaucoup aimé tes idées … Marjorie, j’ai été surprise par le style, ça ne ressemble pas à ce que tu écris d’habitude. Tu as écrit cette histoire de la naissance du Petit Peuple toute seule ?
-… J’ai surtout retranscrit ce qu’ils m’ont dicté, en fait…

25 juin 2024

– Marjorie, pour notre cycle de découverte des métiers, j’ai pensé que ce serait intéressant de faire venir un.e sportif.ive professionnel. Tu n’aurais pas le contact d’une coureuse en balai par hasard ?
– C’est qu’il n’y a pas de véritable professionnelle en course B, Maîtresse… Même Maîtresse Atalante, qui est le meilleure de toute (ça ne se discute pas) est chauffeuse de camions quand elle ne vole pas.

26 juin 2024

– Tiens, ma chouquette, je suis tombée là-dessus en rangeant, je me suis dit que ça pourrait te plaire.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Le journal intime de Gemma quand elle avait ton âge.
– Quoi ?! Mais, Grand-mère Émeraude, je devrais pas lire ça !
– Ne t’inquiète pas, tu ne violerais aucune intimité. Ta mère en tenait deux. Celui-ci était caché en évidence au cas où il me prendrait l’idée de le lire et relève totalement de l’autofiction. Mais Gemma a une bonne plume, ça se lit bien.

27 juin 2024

– 🎶Savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode, savez-vous planter les choux… On les plante sur un balai, à la mode, à la mode, on les plante sur un balai à la mode de chez nous… On les plantes à la baguette, à la mode…
– Marjorie ?
– Oui ?
– Tu chantonnes en travaillant. Ça dérange tes voisin.e.s, tu penses pouvoir arrêter ?
– Oups. Il vaut mieux, oui, parce que comme beaucoup de chansons de sorcières, ça devient paillard après.
– Tu… Non, je ne veux pas savoir.

28 juin 2024

– C’était bien que tu viennes me chercher à l’école, Maman.
– Je suis contente, j’avais un peu peur que tu sois devenue trop grande pour ça…
– Pas du tout. Puis tu as épaté mes copaines avec ton atterrissage !
– Je dois t’avouer que quand vous parlez toustes entre vous comme tout à l’heure, je ne comprends pas tout. Je me sens vieille…
– Pas toi, Gemma !
– C’est gentil ma Marjo mais c’est un fait : j’ai tutoyé le Minitel, tu sais !

29 juin 2024

– Maîtresse, je comprends pas pourquoi on devrait aider à préparer le festival du Solstice alors qu’on est pas des sorciers !
– Timeo, cette fête est très importante pour votre village, c’est un rendez-vous attendu, de nombreux visiteurs séjournent ici à cette occasion.
– Mais nous on est des écoliers. On doit apprendre des trucs d’école.
– Ouais, ben la Maîtresse est adepte de l’Education populaire, pas de bol pour les esprits étriqués.
– Marjorie, s’il te plaît, ne te mêle pas de ça.

30 juin 2024

– J’ai vu ta mère voler l’autre jour. Elle est gainée de ouf ! C’est marrant parce qu’on ne l’imagine pas faire du fitness pourtant.
– T’as déjà vu ces reels où les daronnes font un squat à chaque fois qu’un « Maman ! » retentit chez elle ?
– Oui, plusieurs fois.
– Ben Gemma fait ça à chaque fois que quelqu’un emploie un sarcasme à la maison.

Laisser un commentaire