#Writever avril 2024

Le #writever est un jeu d’écriture proposé sur le réseau Mastodon. Chaque mois, une liste thématique de mots est offerte. L’objectif est de publier quotidiennement une micro-fiction (en 280 caractères) dans un registre fantastique, fantasy ou de science-fiction. J’y participe de manière irrégulière et c’est dans cet espace-là que j’ai continuer de développer le personnage de Marjorie et son petit univers.

Je publie ici les textes qui la concerne.

1. Temps
– Grand-mère Émeraude, il va faire quel temps aujourd’hui ?
– Un temps à planter les bulbes de la troisième étagère.
– En partant de la gauche ?
– Toujours.
– Oh, non, de l’ail des bois… J’avais envie de voler, moi. Berzingue est encore humide de ma dernière sortie, j’avais besoin de vent !
– Je connais bien un sort pour ça mais les risques de tempêtes sont trop élevés.
– Tu ne veux pas essayer quand même ?
– Ah non, j’ai fait une promesse à Météo France ce mois-ci, tu sais bien.

2. Nostalgie

– Maîtresse ?

– Oh, pardon Marjorie, j’étais perdue dans mes pensées.

– Elles semblaient lointaines.

– Oui, assez. Je me rappelais de l’époque avant que je prenne ce poste, où mes élèves étaient… N’étaient pas… Où j’étais une maîtresse normale, disons.

– Ah.

– Oui.

– Ça devait être monotone.

– Oh oui, ça l’était… Mais on en étions-nous ? Ah oui. Marjorie. J’ai encore une demande de rendez-vous de la mère de Timeo.

3. Calendrier

– J’ai corrigé vos devoirs maison. Dans l’ensemble, vous avez fait un très bon travail. Ah, Marjorie, excellente copie, mais tu as écrit « 3E+5 de 246 » en haut. Qu’est-ce que ça signifie ?
– Ah, zut ! J’ai travaillé dans l’atelier de grand-mère Émeraude et j’ai oublié que vous n’avez pas le même calendrier.
– Comment ça ?
– C’est le 5ème jour après la 3ème pleine Lune de l’année 246. Le 30 mars dernier quoi. On compte à partir d’Olympe de Gouges.
– Pourquoi elle ?
– Pourquoi pas ?

Puisque cette anecdote sur le calendrier des sorcières a l’air de vous plaire, vous aimerez peut-être savoir que pendant longtemps, on comptait à partir de Médée. Puis l’an 1 a été ramené à la publication du « Malleus Maleficarum », car il y a clairement eu un avant et un après pour les sorcières. C’est aux sortir de la 1ere guerre mondiale qu’il a été décidé de ramener l’an 1 à Olympe de Gouges. « Cette référence ouvre la voie pour avancer, l’ancienne, pour scléroser » ont déclaré les Aïeulles.

En revanche, on a toujours établi les jours à partir des pleines Lune car les sorcières savent toujours où en est le cycle lunaire. Pour des raisons pratiques, on garde tout de même le début de l’année au 1er janvier du calendrier commun. Les premiers jours de l’année sont comptés en négatif avant la prochaine pleine lune. Ainsi, cette année, le jour de l’an était le -25 de première 246.

Ça décale les anniversaires d’une année sur l’autre par rapport au calendrier commun et les personnes nées après une 13e lune se retrouvent un peu dans la même situation que celles nées le 29 février du calendrier commun. Les années où elles n’ont pas de date d’anniversaire, on les fête à mi chemin entre les 2 solstices. C’est pas cool pour leur anniversaire mais elles sont toujours particulièrement douées dans leur élément, ça compense.

4. Perdre
– Tenez Maîtresse, c’est pour vous.
– Pour moi ?
– Hier, vous avez dit « Il me faudrait un rappeltout comme dans Harry Potter ! »
– Oh. Ce n’est pas…?
– Non, bien sûr, les objets magiques n’existent pas. C’est un carnet où noter ce que vous craignez de perdre.
– Merci, c’est adorable ! Comme tu l’as dit : la sorcellerie est bien souvent une question de bon sens.
– Tout à fait. Enfin… Il a été relié par ma grand-mère, alors attention à ce que vous écrivez dedans, tout de même.

5. Demain
– Tu as une petite mine Marjorie aujourd’hui.
– C’est que j’ai perdu, hier, Maîtresse. Une erreur de débutante sur un courant d’air chaud à la sortie des pins, Berzingue a chassé, Pomme est passé devant moi…
– Je comprends. J’imagine que tu te sens frustrée.
– Et en colère contre moi-même.
– Il y a une autre course demain, non ?
– Si, mais vous savez, les victoires, Maîtresse, c’est comme le bonheur, c’est pas bon de les procrastiner.

6. Minute
– MAÎTREEEEEEESSE ! MARJORIE ELLE FAIT ENCORE DE LA MAGIE DANS LA COURS !
– Nom d’un p’tit pois, on peut pas être tranquille une minute ! Je faisais pas de la magie, Timeo.
– Si, je t’ai vue !
– Ah oui, et tu as vu quoi au juste ?
– Tu faisais des trucs. Avec tes mains.
– Tu as peur de moi à ce point là ?
– J’ai pas peur de toi, c’que tu crois !
– Ouais. C’est ce que disaient les Inquisiteurs, aussi.

7. Mois
– Tu as lu le Sorcière, sorcières de ce mois-ci ?
– Pas encore. Ma mère l’a pris pour elle.
– Ah, tiens. Chez moi aussi, impossible de mettre la main dessus !
– Les mères nous cachent un truc !
– Trop bien ! On va pouvoir établir un plan pour récupérer un exemplaire en cachette !
– Attends… C’est le numéro d’avril ?
– Ben, oui, pourquoi ?
– A tous les coups, c’est juste une blague. Un poisson.
– Han, oui, tu as raison… Pff, on n’a même plus d’excuse pour ensorceler le facteur..

8. Anticiper
– Marjorie, quand tu te sentiras prête, j’aimerais qu’on ait une conversation à propos du collège.
– Ouh Maitresse, des mots qui fâchent, si tôt le matin !
– « Collège » ?
– Non, « conversation », anticipée comme ça, ça fait presque peur.
– Je voulais te mettre à l’aise au contraire…
– Vous en faites pas. Et je crois que mon entrée au collège vous inquiète plus qu’elle ne m’inquiète moi-même.
– Qu’est-ce qui t’inquiète, dans ta vie, Marjorie ?
– Pas grand chose. Je suis une sorcière.

9. Urgent

– Hey, Marjorie, pourquoi vous les sorcières vous êtes toujours habillées en noir ?
– Pour que tu te poses des questions, Timeo.
– Nan mais sérieusement !
– Sérieusement ? On porte le deuil de l’intelligence humaine. On remettra des couleurs après l’abolition du patriarcat.
– Tu te moques toujours de moi…
– Absolument pas. Et quand on fréquente des garçons comme toi, on sait combien ça devient urgent.

10. Durée
– T’sais, sur la durée, ta position, elle est pas tenable.
– Quelle position ?
– Penser que nous les hommes on est tous des cons sans intérêt qui n’ont rien à apporter aux autres.
– Ce n’est pas tout à fait ma position… Quoique, si, c’est ma position. Et pourquoi se serait pas tenable ?
– Parce que tu auras bien besoin d’un homme à un moment dans ta vie !
– Timéo, est-ce que tu te rends compte que c’est précisément pour cette manière de penser que je suis sur cette position ?

11. Futur

– Maîtresse, on peut parler des autres dans notre rédaction ?
– Éventuellement. Il s’agit de décrire le futur que tu imagines, à moins que tu t’imagines seul, pourquoi pas, Timeo.
– Je peux écrire que j’imagine que Marjorie aura été brûlée vive ?
– Timeo…
– Nan, laissez, Maîtresse, j’imagine la même chose pour lui : j’attends ma majorité pour acheter un lance-flamme.

(Je commence à me demander si Timeo terminera le writever d’avril vivant 😅)

12. Saison

– Marjorie, j’ai eu la mère de Timeo ce matin. Il a une gastro-entérite.
– Pardon, Maîtresse, mais je vous respecte trop pour faire semblant d’être désolée pour lui.
– Je n’en attendais pas moins mais elle précise que le médecin s’étonne parce que ce n’est plus la saison.
– Ah je vois où elle veut en venir. Donner à Timeo une maladie dont les symptômes correspondent en tous points à l’effet que font ses propos ressemble beaucoup à une idée que j’aurais pu avoir. Mais c’est pas moi.

13. Brève
– Ce que je veux dire, reprend la maîtresse, c’est qu’il est important, dans votre vie, de savoir identifier quand le moment est propice ou non à certaines actions, paroles, attitudes.
– Vous pouvez donner un exemple ?
– Moi, j’en ai un, je peux, Maîtresse ?
– Oui, Marjorie, vas-y.
– Ben lancer un sort de crache limaces à Timeo le jour où la Diretrice fait visiter l’école à Madame le maire, c’était pas propice.
– Mais ! Marjorie ! Tu m’as certifié que…! Bref. Revenons au sujet.

14. Prédiction

– Hier, nous avons listé toutes les expressions que nous connaissons. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à leurs origines et leur géographie.
– C’est quoi, la géographie d’une expression Maîtresse ?
– Quelqu’un aurait un exemple ? Marjorie ?
– Ouep. Alors « Pas besoin d’être une sorcière sybilline… » sous entendu « pour faire la prédiction que ça va chauffer pour toi », qu’utilisent beaucoup de nos parents, c’est très local, comme géographie.
– Voilà. Hum.

15. Lenteur
– Bien, aujourd’hui, on va travailler à l’envers.
– A l’envers sur nos balais ?!
– Mais non… Quoique… Hmm. Non. Hum… Non, non. A l’envers sur l’intention. D’habitude, le but est d’être la plus rapide mais aujourd’hui, l’objectif du cours de balai sera la lenteur. Il vous faudra être les plus lentes possibles sans perdre l’équilibre.
– Lentes mais vraiment lentes ?
– Oui Marjorie.
– Comme le cerveau de Timéo ?

16. Vieux

– Jean, je vois le grand-père de Marjorie ce soir et elle s’est engagée à venir le saluer. Je peux compter sur toi pour lui rappeler l’heure qu’il est quand vous serez dehors ?
– Bien sûr Maîtresse Émeraude. Comment va-t-il ?
– Oh, tu sais : comme un vieux.
– A-t-il enfin admis qu’il est mort ?
– On y travaille, jeune fille, on y travaille.

18. Éphémère
– Marjorie, rassure-moi, ce n’est pas un vrai tatouage…
– Ça ? Oh non, Maîtresse, ça va partir. La tatouée, c’est Maman.
Mais justement, elle hésitait entre deux motifs alors on les a fait au pinceau pour qu’elle voit ce que ça donne. Jean a un axolotl sur la cuisse.
– D’accord. Et le tien représente quoi ?
– Un Éphémère, un des esprits de l’aube et du crépuscule.
– C’est poétique de créer une image indélébile d’une chose appelée « Éphémère ».
– C’est ça, j’ai une mère oxymorique.

Je suis contente, je commence un peu à cerner le personnage de Gemma (la mère de Marjorie)

19. Cueillir

– M’man, désolée de te cueillir si tôt mais j’ai besoin d’une signature pour l’école.
– Nom d’un petit pois ! S’ils avaient un bout de mon âme à chaque fois qu’ils me font signer un papier, je serais aussi désincarnée que Maîtresse Holly !
– Tu clashes déjà ? Tu ne t’es même pas encore couchée, hein ?
– Pour quoi faire ?
– Je sais pas, M’man. Dormir, tiens, c’est une pratique répandue.
– La nuit ? Mais c’est le meilleur moment !
– Je t’aime M’man.
– Moi aussi je t’aime mon hyménoptère.

20. Sidérer
– Marjorie, tu remercieras à nouveau Maîtresse Émeraude. Mon voisin est toujours sidéré qu’elle m’ait saluée avec tant de chaleur. Tous mes problèmes avec lui se sont volatilisés « comme par magie ».
– Voilà, du bon sens et des tisanes un peu corsées.
– Et une solide réputation, concernant ta grand-mère.
– Ça aide. Vous verrez, parce que ça a aussi touché votre réputation.
– Vraiment ?
– Vous savez, beaucoup d’entre nous deviennent sorcières parce que tout le monde pense qu’elles le sont.

21. Souvenir

– Maîtresse ?
– Oui, Jean ?
– Je voulais vous prévenir que Marjorie va être absente aujourd’hui. Mais personne n’est vraiment en état d’appeler chez elle…
– Oh ! Il s’est passé quelque chose de grave ?
– Non, pas vraiment, mais Gemma a brisé un bocal de souvenirs par accident et elles ont passé tout le week-end à se remémorer malgré elles. Ça va aller mais ça donne une sacrée gueule de bois.
– Bon. J’imagine que c’est encore un truc de sorcières qui m’échappe.
– On va dire ça.

22. Impatiente
– J’imagine que tu es impatiente que les vacances arrivent mais…
– Pas tant que ça.
– Ah bon ?
– Maîtresse, vous commencez à bien nous connaître, ma famille et moi, s’pas ?
– On peut dire ça.
– Pensez-vous qu’Émeraude ou Gemma soient convaincues que l’Éducation Nationale me fera réussir dans la vie ?
– Hum…
– Et qu’on pourrait me forcer à aller à l’école si je n’en avais envie ?
– D’accord.
– Bien. Vous vouliez me dire quoi ?
– J’ai oublié. Bonne soirée Marjorie.

23. Seconde
– Sérieusement, Marjorie, tu as déjà pris ne serait-ce que quelques secondes pour imaginer un monde sans mec ?
– Carrément. Pas toi ?
– Ce serait innommable.
– Oh, je pense que beaucoup s’accorderaient sur « Paradis ». Mais « matriarcat » fonctionnerait bien aussi.
– Tu es effrayante.
– Et toi, soumise aux diktats d’une société masculino-centrée, endoctrinée par la secte du grand MâleBlancCisHet. Heureusement, la sorcière est l’avenir de la femme (qui n’est plus l’avenir de l’homme).

24. Perpétuel.le
– Marjo, pourquoi quand tu inventes une malédiction contre un homme, il faut toujours que ce soit un truc perpétuel. Genre tomber perpétuellement malade, souffrir perpétuellement d’une sensation de brûlure sur la fesse droite, tomber perpétuellement amoureux du rat apprivoisé de leur voisin de palier…
– Ah, ça, c’est parce qu’ils nous font perpétuellement chier.
– Enfin, pas..
– Et ne dit pas « pas tous les hommes »!

25. Hier
– Maîtresse, vous viendrez à la fête de l’Equinoxe ?
– Non, Marjorie. Et je te l’ai déjà dit hier. Ça me met mal à l’aise.
– Mais c’était hier, vous auriez pu avoir une réponse différente. La nuit, les conseils, tout ça.
– Tu comptes donc me poser la question tous les jours jusqu’à la fête, c’est ça ?
– Non, pas tous les jours. Quand vous aurez dit oui, j’arrêterai.


26. Durable

– Ah, Jean, tu es là ! Tu n’as pas croisé Gemma j’espère !
– Euh, non. Pourquoi ?
– Elle est remontée comme rarement, il s’agit de faire profil bas.
– Ta mère, elle est pas si rarement remontée que ça, hein.
– Comme ça, c’est pas si souvent.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Un homme a voulu lui expliquer comment entretenir l’injection de sa bécane.
– Outch. Il a encore une forme humaine ?
– Oui, sinon elle ne serait plus autant en colère…

28. Créneau
– Vous avez l’air très stressée Maîtresse. Ce n’est qu’une kermesse…
– Tu as raison Marjorie mais cette année, c’est à moi que la Directrice a fait l’honneur de déléguer l’entière responsabilités de l’événement.
– Vous assurez grave, j’en suis sûre.
– Merci pour ces encouragements mais je ne suis pas sûre de réussir si bien que ça.
– Oh, mais si ! Pensez juste à prévoir un créneau en fin de journée pour que les sorcières défassent les sorts que leurs enfants auront jetés aux humains.

29. Rythme
– Mais Maîtresse, c’est bien joli de nous apprendre que chacun.e va à son rythme, qu’on peut s’adapter à celui des autres mais qu’il faut veiller à respecter le sien propre, mais après, quand on vivra dans le vrai monde (c’est à dire pas à l’école), ça ne fonctionnera pas comme ça.
– Je pars du principe que le vrai monde, c’est aussi ce que nous en faisons. Alors à mon échelle, j’espère que vous ferez en sorte que le monde ressemble un peu moins au monde et plus à ma salle de classe.

30. Chronomètre
– Maîtresse, j’ai oublié mon livre à la maison. Je peux aller le chercher ?
– Marjorie, je ne peux pas te laisser sortir de l’école là maintenant.
– Mais Berzingue est dans le local à vélo, j’en ai pour 9’24’ max, Jean me chronomètre tous les jours !
– Non, je ne te laisserai pas foncer à travers le ciel avec ton balai de courses alors que tu es censée être assise dans ma salle de classe.
– Bien Maîtresse…
– Bon. 9’24 », vraiment ?
– Maximum, j’ai fait 8’57 » la semaine dernière !

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